Mardi 2 mars 2010 2 02 /03 /2010 08:18
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L’entrée en vigueur du traité de Lisbonne le 1er janvier 2010 est intervenue au moment où se font sentir de manière particulièrement aigüe les effets des politiques ultra-libérales inscrites au cœur même des traités successifs.
L’Union économique et monétaire parachevée il y a 10 ans par l’instauration de l’euro est particulièrement en cause. La mise en oeuvre du « pacte de stabilité et de croissance » qui a limité considérablement les dépenses publiques et la « stratégie de Lisbonne » qui a poussé dès 2000 à la libéralisation (privatisation) des secteurs de l’économie, à une précarisation du travail et au recul de la protection sociale, ont conduit à une explosion du chômage (25 millions) et de la pauvreté (85 millions) dans l’Europe des 27. On est loin de ce qui fut annoncé il y a 10 ans à Lisbonne où l’on prétendait faire de l’Europe « l’économie de la connaissance la plus compétitive et avancée dans le monde, sur le chemin du plein emploi et de l’insertion sociale ». Pourtant, loin de tirer les enseignements d’une telle politique, la Commission européenne s’apprête à proposer aux 27 États européens, dans le cadre d’une « nouvelle stratégie UE 2020 », qui sera présentée lors du sommet européen de mars prochain, un approfondissement de ces mêmes politiques néo-libérales de déréglementation du travail (flexibilité) et d’une plus grande concurrence au sein du marché unique, ce qui ne pourra qu’accentuer encore la pression pour poursuivre les privatisations dans des secteurs stratégiques tels que l’énergie ou les transports et favoriser la transposition dans les différents pays de la directive sur la libéralisation des services.
Tout comme dans la stratégie précédente, tout sera conditionné à la rigueur (austérité) budgétaire avec le strict maintien des objectifs du pacte de stabilité (3% de déficit du PIB et 60% de dette publique autorisés).
Aujourd’hui, la crise économique grecque sert de révélateur et de premier champ d’expérimentation de la manière dont les gouvernements actuels de l’Union et les marchés financiers entendent exercer la gouvernance économique, non seulement de la zone euro, mais de toute l’Union. La Grèce, comme tous les pays de l’UE, a été mise en demeure de colmater les effets de la crise financière due au renflouement massif des banques par les puissances publiques. 23 des 27 pays de l’UE ont présenté des déficits budgétaires qui dépassent largement les critères stipulés par le traité de Maastricht. Mais les marchés financiers ont continué à spéculer – cette fois-ci sur la dette de l’État grec – pour accroître leur pression et chantage sur les États afin qu’ils paient – à travers la saignée imposée à leurs peuples – l’addition d’une spéculation financière effrénée qui a conduit au krach de 2008. Les financiers ont voulu tester la capacité de soutien des pays de la zone euro à la Grèce et plus probablement à tous les États qui se retrouveraient – pour les mêmes raisons – en difficulté économique, sachant bien que l’Europe actuelle est enfermée dans les règles de Maastricht qui interdisent toute mobilisation de fonds du système des banques centrales que dirige la BCE, pour venir en aide à un État de la zone euro. Loin de vouloir desserrer cet étau, les gouvernants de l’Europe se sont pliés aux objectifs de la finance et ont lancé un véritable ultimatum à la Grèce, dressant une liste vertigineuse de réformes à mettre en œuvre toutes affaires cessantes et avec une surveillance très stricte de leur application. Cela pourrait servir de feuille de route à l’Europe du capital, comme le laissent présager les plans de rigueur et l’accélération de la mise en oeuvre, dans toute l’Europe, de réformes structurelles comme celle des retraites ou du marché du travail; cela risque ainsi de générer une amplification de la crise économique, une nouvelle aggravation du chômage, de la pauvreté et l’asphyxie de toute croissance. Il faut que les peuples et les forces sociales, progressistes et de transformation, soient en mesure de s’y opposer en trouvant – au plan national comme européen – la voie de larges rassemblements contre la grave récession sociale en cours et la fuite en avant des dirigeants européens dans la mise en cause des droits sociaux et démocratiques; en articulant les exigences de défense des revendications et de conquête de nouveaux droits, aux mesures politiques d’urgence qui s’imposent pour faire face à la crise et que la gauche unitaire et européenne vient de rappeler: à la fois mettre fin aux abus de la finance en taxant les multinationales et les mouvements de capitaux spéculatifs et créer les conditions d’un véritable pacte de solidarité sociale et de développement par un contrôle démocratique de l’utilisation de l’argent, ce qui passe par la redéfinition du rôle et des missions de la Banque centrale européenne (déclaration du GUE/NGL « Face à la crise, des mesures d’urgence s’imposent »). José Cordonresponsable Europe/Relations internationales jcordon@pcf.fr AUSTÉRITÉ RENFORCÉE ET LUTTES SOCIALES

La Grèce
est pratiquement mise sous tutelle par l’Eurogroupe, la BCE et la Commission européenne qui lui adressent un ultimatum pour mettre en œuvre un plan d’austérité et de régression sociale touchant le marché du travail, les retraites, les salaires dans la fonction publique, les systèmes de santé et éducatifs… Après la grève du secteur public le 10 février, de nouvelles mobilisations auront lieu le 24 février et en mars.
En Espagne, le gouvernement socialiste a programmé un plan de rigueur de 50 milliards d’euros sur trois ans qui aura de graves conséquences sociales dans un pays déjà touché par un chômage atteignant 20% de la population active. Les syndicats ont annoncé des manifestations dans tout le pays du 22 au 26 février pour s’opposer au plan du gouvernement visant à porter l’âge légal de départ à la retraite de 65 à 67 ans.
Au Portugal, le gouvernement socialiste veut réduire les effectifs de la fonction publique et il a été partiellement mis en échec sur une partie de son plan d’austérité (blocage du salaire des fonctionnaires). Des dizaines de milliers de travailleurs du secteur public ont manifesté le 5 février pour les salaires et l’emploi. Il est prévu une grève nationale le 4 mars. En France, le gouvernement a programmé d’ores et déjà 100 milliards « d’économies » sur trois ans dont 50 milliards de coupes dans la dépense publique, ce qui concernera l’emploi public, les régimes de retraite, les services publics et les collectivités locales notamment.

Les syndicats ont appelé à une première journée de « grève et de manifestations » le 23 mars « pour l’emploi, le pouvoir d’achat et les conditions de travail » qui sera également le point de départ d’une mobilisation pour défendre la retraite.
En Irlande, entre avril et décembre 2009, trois plans de rigueur se sont succédés avec d’importantes coupes budgétaires (réduction drastique des salaires du secteur public et taxe spéciale de 7% sur les retraites). Importante mobilisation syndicale le 29 novembre dans le secteur public.
En Allemagne, les fonctionnaires contestent l’austérité salariale tandis que les négociations s’annoncent tendues dans le secteur privé sur les salaires, alors que la situation de l’emploi risque de se dégrader fortement. Par ailleurs, il faut signaler la décision de la Cour constitutionnelle fédérale de déclarer anticonstitutionnelles les principales dispositions de la Loi Hartz IV (calcul des aides aux chômeurs de longue durée) qui avaient suscité d’importantes luttes politiques et sociales depuis 2005.

La Confédération syndicale des syndicats (CES) a décidé d’appeler le 24 mars l’ensemble des syndicats européens à une journée d’action et de manifestations dans plusieurs capitales européennes.
Par jack palmer - Publié dans : Europe
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